Fondation Ihsane Jarfi : 5 ans d’avenir assurés et un combat qui ne doit jamais s’arrêter

Une nouvelle porteuse d’espoir pour la lutte contre l’homophobie en Belgique : la Fondation Ihsane Jarfi voit son avenir assuré pour les 5 prochaines années. Derrière cette annonce rassurante se cache bien plus que la continuité d’une association. Il y a une histoire bouleversante, le combat d’un père, des jeunes à protéger et une conviction essentielle : personne ne devrait être rejeté, menacé ou violenté pour ce qu’il est.
Ihsane Jarfi : un nom que la Belgique ne doit jamais oublier
Il avait une famille, des proches, des projets. Un homme parmi tant d'autres qui, à la trentaine, rêvait de construire une vie. Sa vie. Des rêves et des lendemains à imaginer. Un homme qui ne demandait rien à personne. Rien que le droit de vivre, le droit d'aimer et d'être lui-même.
Liège. Avril 2012. Sa vie bascule dans l'horreur. Ce jeune homme se trouvait à la sortie d’une discothèque quand il a croisé le chemin d'abominables individus. Ils l'ont alors enlevé, frappé, torturé puis abandonné. Il ne survivra pas à cette barbarie sans nom.
Pourquoi lui ? Parce qu'il était homosexuel. Parce que ces individus ont décidé qu'une différence d'orientation sexuelle suffisait à justifier l'injustifiable. Il n'a rien demandé, il vivait simplement sa vie. Et pourtant, durant cette affreuse nuit, on lui a retiré le droit de rentrer chez lui, vivant.
Un acte d’une violence insoutenable qui bouleverse une grande partie de la société belge. Fin 2014, la justice condamne lourdement ses assassins. Le caractère homophobe du crime est reconnu. Mais aucune condamnation ne pourra rendre cet homme à ses proches.
Cet homme, il s'appelait Ihsane Jarfi.
Derrière la médiatisation de ce drame sans nom, les procédures judiciaires et les hommages, il reste une réalité qu’il ne faut jamais perdre de vue : Ihsane Jarfi était avant tout un être humain, un fils, une personne avec une histoire, des proches et un avenir qui lui a été arraché cruellement.
Ihsane Jarfi. Ce nom est devenu un symbole de la lutte contre l’homophobie en Belgique : il nous rappelle que les discours de haine, les préjugés et les discriminations ne sont jamais anodins.
Parce que derrière chaque insulte banalisée, chaque rejet et chaque acte de violence, il y a des vies humaines.
Transformer l'immense douleur d'un père en un engagement
Face à l'impensable, certaines personnes trouvent la force de transformer leur douleur en un engagement pour les autres. C'est le chemin qu'a choisi Hassan Jarfi, le père d'Ihsane.
Plutôt que de laisser la haine répondre à la haine, il a décidé de consacrer une partie de sa vie à la sensibilisation, au dialogue et à la lutte contre l'intolérance. Avec la création de la Fondation Ihsane Jarfi en 2014, le souvenir de son fils est devenu le point de départ d'une mobilisation collective.
Depuis de nombreuses années, Hassan Jarfi intervient notamment dans les écoles pour raconter l'histoire de son fils, rencontrer des jeunes et les inviter à réfléchir aux conséquences des préjugés et des discriminations.
Il ne s'agit pas simplement de rappeler un drame. Il s'agit de provoquer une étincelle. Une prise de conscience. De montrer que chaque mot a un poids, que chaque comportement a une conséquence et que l'on peut apprendre à regarder l'autre autrement.
L'engagement d'Hassan Jarfi porte un message d'une force remarquable : même après la tragédie, il est possible de choisir la transmission, l'éducation et l'humanité plutôt que la vengeance.
Et ce message mérite d'être lu et entendu bien au-delà de la communauté LGBTQIA+.
Une Fondation qui agit concrètement

La Fondation Ihsane Jarfi ne se limite pas au devoir de mémoire. Son action s'inscrit dans le quotidien, avec de la sensibilisation, de la prévention, du soutien et de l'accompagnement. Elle intervient auprès des jeunes, des écoles et de la société afin de lutter contre l'homophobie, la transphobie et les autres formes de discrimination.
Mais l'une de ses missions mérite une attention toute particulière : le Refuge Ihsane Jarfi.
Le Refuge Ihsane Jarfi : lorsqu' une famille n'est plus un refuge

Pour certaines personnes LGBTQIA+, révéler son orientation sexuelle ou son identité de genre ne se traduit malheureusement pas par une réaction d'amour ou de compréhension. Cela peut provoquer des conflits familiaux, un rejet, des violences ou même une mise à la porte. Cette crainte, beaucoup de jeunes ont pu la ressentir à l'adolescence ou à l'âge adulte.
Imaginez un instant. Vous avez 18 ans. Vous commencez à vous émanciper, à découvrir qui vous êtes, à envisager votre avenir. Et du jour au lendemain, vous vous retrouvez sans logement parce que votre famille refuse d'accepter votre identité. Ce qui fait de vous, la personne que vous êtes. Les priorités à cet âge changent, on ne cherche plus une réponse à "Quelles études, vais-je faire ?" mais plutôt "Où vais-je dormir ce soir ?".
C'est là qu'intervient le Refuge Ihsane Jarfi depuis 2019 : pour répondre à ce type de situation. Il propose des solutions d'hébergement d'urgence et de transition à de jeunes personnes LGBTQIA+ de 18 à 25 ans confrontées à une rupture familiale ou sociale liée à l'homophobie ou à la transphobie. Au-delà d'un toit, l'accompagnement peut également être psychologique, social et juridique. Car retrouver un logement ne suffit pas toujours. Il faut parfois reconstruire sa confiance, retrouver des repères et réapprendre à envisager l'avenir.
Aucun jeune ne devrait avoir à choisir entre être lui-même et avoir un endroit où vivre. Cette seule réalité suffit à comprendre pourquoi le travail de la Fondation est indispensable.
5 années d'avenir assurées : une bonne nouvelle qui compte vraiment
En octobre 2026, une annonce vient apporter un soulagement pour la fondation. La Fondation Ihsane Jarfi voit son avenir assuré pour les 5 prochaines années. Cette perspective est encourageante pour la continuité de ses missions. En effet, la Région wallonne et la Fédération Wallonie-Bruxelles ont décidé d'apporter un soutien financier public concret : 563.750 € seront consacrés à ce projet, répartis sur 5 ans afin de contribuer au fonctionnement du refuge.
Depuis la naissance du Refuge Ihsane Jarfi, ce sont 63 personnes qui ont pu bénéficier d'un logement. Ce financement servira également à la prévention et à la sensibilisation développées par la fondation.
Car derrière les actions de sensibilisation, les interventions scolaires, l'accompagnement des jeunes et les projets associatifs, il existe aussi une réalité moins visible : celle des moyens nécessaires pour faire fonctionner une structure.
Une association ne peut pas construire des projets durables si elle doit constamment s'inquiéter de sa survie. Elle a besoin de stabilité financière pour organiser ses activités et accompagner les personnes et préparer l'avenir. Cette annonce représente donc bien davantage qu'une bonne nouvelle administrative. Elle offre une perspective de continuité à un engagement dont l'utilité sociale est incontestable.
Mais elle nous invite aussi à poser une question importante : pourquoi faut-il parfois attendre qu'une association essentielle soit menacée pour mesurer toute l'importance de son travail ?
La lutte contre les discriminations ne peut pas reposer uniquement sur la bonne volonté de bénévoles ou sur la capacité des associations à trouver chaque année les ressources nécessaires à leur survie. Elle mérite une reconnaissance durable et des moyens à la hauteur des préoccupations. Parce que la prévention coûte toujours moins humainement que les conséquences de la haine. Parce que les personnes qui ont besoin d'aide ne peuvent pas attendre.
Le regard d'E.G.B : créer des liens, c'est aussi lutter contre l'isolement

Cette actualité touche particulièrement notre association, même si elle n'a évidemment pas les mêmes missions que la Fondation Ihsane Jarfi. Nous ne sommes ni un refuge ni une structure spécialisée dans l'accompagnement des victimes. Mais notre engagement se situe ailleurs : dans les rencontres, les activités, les échanges et la création de liens sociaux au sein de la communauté LGBTQIA+.
Derrière ces approches différentes, une conviction commune : personne ne devrait avoir à affronter seul le rejet, l'exclusion ou la solitude. On parle beaucoup de droits, de lois et de reconnaissance. Et c'est indispensable. Mais il existe aussi une dimension plus discrète, parfois moins visible : celle de l'isolement.
Combien de personnes LGBTQIA+ n'osent pas parler de leur vie à leur entourage ? Combien ont grandi en pensant qu'elles étaient différentes, qu'elles devaient se cacher ou qu'elles n'avaient pas leur place ? Combien cherchent simplement un endroit où elles pourront rencontrer d'autres personnes sans devoir se justifier ?
Créer du lien ne règle pas toutes les difficultés. Une activité conviviale ne remplace ni un accompagnement psychologique, ni une aide sociale, ni une protection face aux violences. Mais une rencontre peut être le début d'une amitié, un échange peut rompre un sentiment de solitude et un groupe accueillant peut redonner confiance. C'est aussi pour cela que nous croyons profondément à l'importance du tissu associatif LGBTQIA+.
Ces missions sont différentes, mais elles se complètent. Et lorsqu'elles se connaissent, se respectent et se soutiennent, c'est toute la communauté qui en ressort plus forte.
La lutte contre l'homophobie nous concerne tous
Il serait rassurant en Belgique de penser que l'homophobie appartient au passé. Que les mentalités ont suffisamment évolué. Que l'égalité devant la loi suffit à garantir l'égalité dans la vie quotidienne. Ce serait se bercer d'illusions et ignorer la réalité de nombreuses personnes LGBTQIA+.
Les insultes, les moqueries, les menaces, le harcèlement, les discriminations et les violences existent encore, chaque jour. Ces comportements ne commencent pas toujours par des actes spectaculaires : ils peuvent s'installer progressivement, dans les petites humiliations, les plaisanteries répétées, les propos dégradants ou les silences qui laissent croire que tout cela est acceptable.
Banaliser systématiquement les préjugés contribue à créer un environnement dans lequel certaines personnes finissent par ne plus se sentir en sécurité.
C'est pourquoi la sensibilisation reste essentielle. Dans n'importe quel espace public.
Nous avons toutes et tous un rôle à jouer. Et cela commence en refusant de rire à une remarque humiliante, en soutenant une personne qui subit un rejet ou en prenant le temps d'écouter sans juger.
Le respect ne devrait jamais être une faveur accordée aux personnes LGBTQIA+. C'est un droit qui appartient à chacun.
Faire vivre la mémoire d'Ihsane, c'est aussi agir pour les vivants
Plus de 14 ans se sont écoulés et son histoire continue de nous interpeller. Elle rappelle ce que la haine peut détruire. Le sentiment de se trouver innocemment quelque part que l'on pense sécurisant peut subitement basculer. Mais le travail de son père et de la Fondation montre également ce que l'engagement, l'éducation et la solidarité peuvent construire.
Nous souhaitons à Hassan Jarfi, aux équipes, aux bénévoles et à toutes les personnes engagées auprès de la Fondation de pouvoir poursuivre leur travail dans les meilleures conditions possibles. Et surtout, nous espérons qu'un jour, plus aucun jeune n'aura besoin de quitter son foyer parce qu'il est homosexuel, bisexuel ou transgenre. Qu'aucune personne ne devra craindre une agression en raison de son orientation sexuelle.
Et que le respect de la différence deviendra une évidence plutôt qu'un combat quotidien.
Nous ne pourrons pas changer le passé d'Ihsane. Mais nous pouvons contribuer, chacun à notre niveau, à construire un avenir dans lequel de tels drames n'auront plus leur place. C'est là le véritable sens du devoir de mémoire. Un moteur pour l'engagement associatif.
Avec E.G.B, nous continuerons à défendre une communauté dans laquelle chacun peut trouver sa place, rencontrer les autres et être accueilli pour ce qu'il est. Parce que créer des liens, ce n'est pas seulement organiser des rencontres. C'est aussi contribuer à une société dans laquelle personne n'est laissé de côté.
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Sources :
RTBF Actus (15/10/2026)
https://www.rtbf.be/article/soulagement-pour-la-fondation-jarfi-l-association-de-lutte-contre-l-homophobie-voit-son-avenir-assure-pour-les-5-prochaines-annees-11800188
Fondation Ihsane Jarfi
https://www.fondation-ihsane-jarfi.be/
Le Refuge Ihsane Jarfi
https://www.refuge-ihsane-jarfi.be/



